Prévention des VHSS dans le sport professionnel : co-construire un plan d’action à l’échelle d’un réseau de clubs

Prévention des VHSS dans le sport professionnel : construire un dispositif commun sans effacer les réalités de chaque club

Comment passer d’actions de sensibilisation ponctuelles à un plan de prévention VHSS structuré, concret et déployable à l’échelle d’un réseau de clubs professionnels ?

C’est l’enjeu auquel la Ligue Nationale de Handball (LNH) a souhaité répondre dans le cadre d’un appui-conseil collectif consacré à la prévention des violences et harcèlements sexistes et sexuels. La démarche devait permettre de mieux outiller les clubs, tout en tenant compte de leurs différences de taille, d’organisation et de fonctionnement.

Le travail a été mené avec cinq clubs pilotes et conçu pour produire des enseignements, des outils et des principes de déploiement mobilisables ensuite à l’échelle des 31 clubs de la Ligue.

L’enjeu n’était donc pas seulement de rappeler le cadre légal. Il s’agissait de construire une méthode commune, à partir des réalités du terrain.

Un enjeu de prévention à l’échelle de tout un écosystème

La LNH organise, gère et réglemente les championnats professionnels. Elle accompagne également les clubs dans leur développement et dans la défense des intérêts du handball professionnel.

La Ligue avait déjà engagé des actions d’intégrité sur plusieurs sujets, notamment les paris sportifs, le dopage ou le bizutage. Dans le même temps, les spécificités du sport professionnel imposent une vigilance particulière face aux risques de VHSS : déplacements, événements extra-sportifs, centres de formation, espaces de soins, vestiaires, hébergements collectifs, exposition médiatique ou encore relations avec des publics mineurs.

Les échanges menés avec les clubs, les représentants de joueurs et d’entraîneurs faisaient apparaître une attention réelle au sujet, mais aussi un besoin d’outils pour identifier les risques et savoir comment agir.

Une méthode à deux niveaux : collectif et accompagnement des clubs

La démarche a été organisée entre octobre 2025 et avril 2026 autour de deux niveaux complémentaires.

  • Des temps collectifs pour apporter de l’expertise, partager les expériences et pratiques et animer le réseau des clubs.
  • Des temps individuels avec les clubs pilotes pour analyser leur fonctionnement, approfondir les risques propres à chaque structure et travailler sur les actions adaptées.

Cette articulation était essentielle : construire un socle commun pour la Ligue, sans produire un dispositif théorique impossible à appliquer localement.

Étape 1 : partir des risques réels des clubs

Le diagnostic a fait ressortir plusieurs familles de risques et de points de vigilance communs aux clubs pilotes.

  • Structuration et process RH : besoin de mise en conformité, référents parfois non identifiés, connaissance inégale des procédures de signalement.
  • Encadrement : dirigeants, éducateurs, alternants, encadrants sportifs ou bénévoles ne disposent pas toujours du même niveau de formation aux enjeux VHSS.
  • Statuts précaires : apprentissage, stages, contrats courts, services civiques et bénévolat peuvent créer des situations de dépendance ou de vulnérabilité.
  • Lieux et moments à risques : vestiaires, salles de soins, hébergements, déplacements, hôtels, événements partenaires et temps informels.
  • Environnement numérique : WhatsApp, réseaux sociaux et échanges numériques entre membres de l’écosystème.
  • Pression du résultat et exposition médiatique : influence possible sur les méthodes d’entraînement, violences verbales et critiques sur les réseaux.
  • Culture club et rituels : blagues, surnoms, rites d’équipe, temps festifs ou pratiques installées.
  • Féminisation et mixité : forte représentation masculine dans les instances dirigeantes et l’encadrement à haut niveau.

Ce diagnostic ne visait pas à produire un classement des clubs. Il devait permettre d’identifier les situations sur lesquelles agir et de distinguer ce qui pouvait être mutualisé de ce qui devait rester spécifique à chaque structure.

Étape 2 : transformer le diagnostic en plan d’action type

À partir des constats terrain, un plan d’action type a été structuré autour de plusieurs priorités opérationnelles.

  1. Formaliser un process d’alerte et de gestion des signalements.
  2. Identifier et définir le rôle des référents VHSS au sein des clubs.
  3. Construire des dispositifs de formation et de sensibilisation adaptés aux différents publics.
  4. Sécuriser les lieux de pratique, de travail, d’hébergement et les usages numériques.
  5. Intégrer les enjeux de mixité et de féminisation dans la prévention.

L’objectif était de disposer d’un cadre suffisamment structurant pour aider les clubs à agir, mais assez souple pour être adapté à leurs ressources, à leurs publics et à leurs contraintes.

Un process de signalement commun à rendre compréhensible et accessible

Le signalement a constitué l’un des axes centraux du travail. Un dispositif de prévention reste fragile si les victimes, témoins, salariés, bénévoles ou pratiquants ne savent pas à qui s’adresser et ce qui se passe après une alerte.

Les travaux ont donc porté sur un process type allant de l’alerte à la réception du signalement, puis à l’entretien, au compte rendu, à l’orientation vers les dispositifs compétents et au suivi.

Les supports envisagés devaient également permettre d’intégrer l’information dans différents points de contact : affichage, règlement intérieur, livret d’accueil, communication interne, espace partagé ou documents remis aux membres du club.

Former et positionner les référents VHSS

La démarche a également conduit à préciser le rôle attendu des référents VHSS.

Le référent doit être identifiable, accessible et formé. Il intervient dans la prévention, l’orientation, le déploiement local des dispositifs et le suivi, dans un cadre garantissant notamment la confidentialité et la capacité à prendre du recul.

Un profil type du référent ainsi qu’une matrice de responsabilités ont été préparés afin de clarifier la répartition des rôles entre la Ligue, les clubs et les autres interlocuteurs concernés.

L’une des pistes de déploiement consiste également à organiser une formation collective inter-clubs afin de donner aux référents un socle commun tout en leur permettant d’adapter les outils au fonctionnement de leur structure.

Sécuriser les espaces physiques… et numériques

La prévention a été pensée au-delà des procédures RH. Les lieux de pratique et de travail font partie intégrante du dispositif.

Vestiaires, salles de soins, espaces d’hébergement, déplacements ou lieux partagés doivent faire l’objet de règles compréhensibles, d’une signalétique adaptée et d’une attention particulière lorsque des mineurs ou des publics vulnérables sont concernés.

La réflexion a également intégré la sphère numérique : usages des messageries instantanées, réseaux sociaux internes et outils de modération ou de filtrage. Certaines solutions technologiques ont été étudiées comme pistes de prévention ; leur mention dans les travaux ne signifie pas qu’elles aient déjà été déployées.

Sensibiliser l’ensemble de l’écosystème

Un même message ne peut pas être adressé de la même façon à tous les publics. Le travail a donc distingué plusieurs cibles : dirigeants, éducateurs salariés, joueurs professionnels et centres de formation, bénévoles.

L’objectif était de créer un socle commun de connaissances et des formats de sensibilisation adaptés aux responsabilités de chacun, puis d’identifier les canaux de diffusion les plus pertinents : formations, modules ciblés, webinaires, supports « prêts à communiquer » ou intégration dans les temps de fonctionnement des clubs.

La mixité et la féminisation intégrées au plan de prévention

Le diagnostic a également fait ressortir un enjeu de mixité dans les instances dirigeantes et les équipes d’encadrement.

Le travail a donc intégré des pistes visant à favoriser une représentation plus équilibrée, objectiver les critères de recrutement et limiter les situations d’isolement d’une personne au sein d’un collectif très majoritairement composé de l’autre sexe.

Là encore, il s’agit de pistes de structuration et de prévention issues des travaux, et non de résultats déjà obtenus.

Des outils communs préparés pour faciliter le déploiement

La restitution finale a permis de formaliser un ensemble d’outils et de supports destinés à structurer la suite du dispositif.

  • Une charte d’engagement de la LNH et de ses clubs.
  • Un vademecum du process d’alerte et un circuit de signalement.
  • Un profil type du référent VHSS.
  • Une matrice de responsabilités entre Ligue, clubs et interlocuteurs associés.
  • Des principes de formation et de sensibilisation par cible.
  • Des pistes de signalétique et de sécurisation des espaces.
  • Des supports communs « prêts à communiquer ».
  • Un dispositif de centralisation et de partage des ressources.

Ces éléments constituent des outils de déploiement et de pilotage. Ils ne doivent pas être confondus avec des résultats déjà généralisés à l’ensemble des clubs.

Ce que montre ce cas : passer de la sensibilisation à une politique de prévention structurée

Ce cas illustre une approche de prévention VHSS qui dépasse la seule formation.

Pour un réseau, une fédération ou une ligue professionnelle, l’enjeu consiste à construire un dispositif capable d’articuler plusieurs niveaux :

  • comprendre les risques propres au terrain ;
  • faire émerger des priorités communes ;
  • définir qui fait quoi ;
  • outiller le signalement et les référents ;
  • adapter la formation aux publics ;
  • sécuriser les environnements physiques et numériques ;
  • préparer les conditions d’un déploiement homogène sans nier les réalités locales.

C’est cette articulation entre diagnostic, co-construction, outils communs et accompagnement opérationnel qui permet de transformer une obligation de prévention en dispositif réellement utilisable.

Vous souhaitez structurer un plan de prévention VHSS à l’échelle de votre réseau ?

DifferenCie accompagne les organisations, fédérations, syndicats, associations et réseaux professionnels dans la structuration de démarches de prévention et de sensibilisation adaptées à leurs publics et à leur fonctionnement.

Faouzia Rejeb
faouzia.rejeb@differencie.com
06 82 63 41 38

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Faouzia Rejeb
Directrice conseil et formation | Agence DifferenCie
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Plan de prévention VHSS : cas client